Le désenchantement de Maya

Maya avait tout essayé. Les pignons de pin torréfiés, les graines de tournesol, les amandes fumées concassées… Où qu’elle aille, les salades lui paraissaient fades. Elle avait essayé l’échalote crue, mais c’était trop fort… Alors l’ail cru n’était même pas un sujet.

Poke bowl, salade Caesar revisitée, légumes confits, marinés, découpés à la mandoline, au hachoir, à la japonaise… Vinaigrette au citron, au miso d’orge, à la prune japonaise, au pianto italien… Elle avait tout testé et depuis longtemps perdu l’espoir désespérait de retrouver des sensations originales.

Puis elle l’a goûté. Au départ, elle l’a à peine détecté au détour d’une feuille de roquette… Son esprit l’a mis de côté comme si c’était juste une miette de noisette ou une brisure de truffe. Elle avait pris l’habitude de manger machinalement, comme si c’était juste une fonction physiologique comme les autres. Mais là, ses sens s’étaient soudain réveillés, mis en alerte. Quelque chose était différent…

Elle commença à explorer son assiette, soulevant çà et là un cerneau de noix, l’extrémité d’une feuille de salade… Puis elle repéra ces petites lamelles sombres, presque translucides.

Elle en prit une avec l’extrémité de sa fourchette : la forme lui rappelait quelque chose, mais impossible de savoir quoi. Elle chercha dans sa mémoire… Racines de lotus ? Non, trop ferme. Gingembre ? Pas assez filandreux.

Elle le porta à sa bouche. Il lui fallu quelques instants pour reconnaître ce qui était d’ordinaire un goût puissant qui emportait la bouche comme une tornade… Là, c’était une douce brise qui venait caresser les papilles, tout en équilibre. Puis enfin elle trouva. C’était de l’ail. Mais pas l’ail tel qu’on le connaît… Une version adoucie, rassérénée, débarrassée de son encombrant piquant. C’était comme si elle découvrait enfin le goût de l’ail.

Était-il confit, mariné, desséché ? Était-ce une variété particulière ? Une variété d’ail rare ou même une autre plante ? Mais maintenant elle reconnaissait la forme : une lamelle de gousse d’ail hachée. Plus de doute sur sa nature… Mais comment ont-ils pu faire cela ?

Le restaurant était bondé et le serveur courait d’une table à l’autre, prenant soin de ne pas lever la tête pour ne pas voir son rythme mis à mal par une demande impromptue.

Après tout, il n’y avait pas urgence. Maya dénicha et savoura chaque particule d’ail, parfois seule, parfois avec le reste de la salade qui était bien équilibré, avec un assaisonnement maison où s’associaient la rondeur de l’huile de noix, la douce acidité de fruit de la passion et le piquant complexe d’un excellent vinaigre. Ce restaurant était suffisamment raffiné pour ne pas commettre l’erreur fatale d’ajouter de la moutarde forte, classique cache-misère d’ingrédients médiocres voire périmés. Le tout était équilibré, les noix et noisettes étaient toastées, la salade était fraîche et n’avait pas séjourné dans un sachet plastique…

Enfin, elle aperçoit le chef qui sort de sa cuisine alors que le restaurant se vide.

« Chef, excusez-moi… Qu’est-ce que c’est que cet ail dans la salade ? »
D’abord décontenancé, le serveur afficha un grand sourire.

« C’est un de nos petits secrets. Mais comme vous l’avez remarqué, je vais vous le révéler. Il y a dans la Drôme une des rares maisons au monde qui fait de l’ail noir. »
« L’ail noir ? C’est une variété particulière ? »
« Non, c’est un traitement spécifique. L’ail fait l’objet d’une fermentation pendant 30 jours grâce à une machine spécifique, qui donne aux gousses leur couleur charbon, leur texture fondante et leur saveur de fruits confits et de sous-bois, avec un côté légèrement torréfié… »
« Je comprends. Je n’avais jamais goûté de l’ail comme ça. C’est… sublime. »
« On est d’accord. Et c’est un ingrédient qui à lui seul fait la différence dans une salade, dans une papillote, avec une poêlée de légumes. Notre chef nous dit même qu’un jour il l’utilisera dans un dessert. »
« Quelle drôle d’idée, mais oui, je comprends… C’est génial ! »
« C’est un peu dingue, mais c’est le produit qui veut ça. Et en plus, leur ail est très riche en allicine, qui protège des maladies cardio-vasculaires et des problèmes circulatoires. »
« Si seulement tous les médicaments étaient aussi bons ! »

Alors qu’elle rentre chez elle, Maya est heureuse. Elle a retrouvé le goût de manger… mais aussi celui de cuisiner ! Elle imagine toutes sortes de combinaisons et de possibilités. Elle visualise déjà la surprise chez ses invités. Mais elle ne sait pas encore si elle dévoilera son secret !

Découvrez le secret de Maya : l’ail noir de la Drôme de la Maison Boutarin…

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